lundi 9 novembre 2009

Le jour où l'Histoire de l'Europe a basculé: die Wende


Il y a 20 ans la Chute du
Mur de Berlin

Difficile de continuer cette rubrique historique au mois de novembre 2009, 19 ans après la réunification allemande (Wiedervereinigung) et surtout 20 ans après la chute du « rideau de fer », ce soir du 9 novembre 1989 par une nuit plutôt fraîche. La RTT colloc vous propose ici de revivre cette magnifique soirée en différé, mais auparavant il paraît important de replacer cet événement dans le contexte politique sous-jacent en commençant l'histoire par une matinée nuageuse du 30 avril 1945, quand un soldat soviétique du nom d'Ivan planta le drapeau à la faucille et au marteau en haut du Staatoper à Berlin et que dans le bunker de la Chancellerie du Reich résonnait le coup de feu qui mettait fin à 16 années de bafouement des Droits de l'Homme en Europe de l'Ouest.


Fin de la représentation le rideau tombe:

Après la conférence de Yalta de février 1945 où l'on assista à une parade du petit père des peuples devant un président américain auquel il ne restait que quelques semaines à vivre, le découpage de l'Europe de l'après guerre était fixé. L'URSS pouvait ainsi étendre sa zone d'influence toute la partie orientale de l'Europe, l'Allemagne était morcelée en trois parties bientôt quatre (la Grande-Bretagne et les Etats-Unis cédant chacun un morceau de leur zone pour faire plaisir à DeGaulle) tout comme l'Autriche, Berlin et Vienne.



Bientôt les dissensions apparurent chez ces alliés dont l'entente ne pouvait survivre à la chute de l'ennemi héréditaire commun, l'Allemagne impérialiste. Le point d'orgue de ces dissensions fut le 23 juin 1948 la fermeture totale du corridor permettant l'approvisionnement de Berlin Ouest en représailles de la création du Deutsch Mark dans les trois zones occidentales le 20 juin 1948 (elle-même décidée suite au coup de Prague de février). Deux millions d'habitants et 30 000 soldats alliés se retrouvaient otage des russes.




Une chape de plomb venait de s'abattre sur l'Europe qui prit bientôt le nom de rideau de fer (iron curtain ou encore eiserner Vorhang), expression consacrée par Winston Churchill le 5 mars 1946 dans son discours de Fulton:

From Stettin in the Baltic to Trieste in the Adriatic an "iron curtain" has descended across the Continent. Behind that line lie all the capitals of the ancient states of Central and Eastern Europe. Warsaw, Berlin, Prague, Vienna, Budapest, Belgrade, Bucharest and Sofia ; all these famous cities and the populations around them lie in what I must call the Soviet sphere, and all are subject, in one form or another, not only to Soviet influence but to a very high and in some cases increasing measure of control from Moscow.

La survie de la population fut assurée grâce à l'USAF qui achemina en majorité du charbon, à raison de 275000 vols jusqu'à la levée du blocus en mai 1949: un avion atterrissait à Berlin toutes les trente secondes au plus fort du blocus. La population d'Allemagne de l'Est assez nombreuse suite à la fuite des minorités allemandes de Hongrie, de Roumanie et de Tchécoslovaquie, subissait alors encore de grave restrictions causées par la politique de la terre brulée adoptée tant par les Russes en 1941 que par les Allemands en 1944 sur une vaste zone comprise entre Varsovie et Moscou et entre Léningrad et Sébastopol. De plus la politique imposée par l'URSS et ses vagues d'arrestations sous l'ordre du NKVD de Béria, conduisit plus de trois millions de personnes à passer en zone alliée de 1946 à 1952.
Devant une telle érosion du potentiel humain d'Allemagne de l'Est le Politburo décida le 26 mai 1952, d'étanchéiser la frontière par une ligne de démarcation de 5km d'épaisseur malgré cela le nombre de réfugiés atteignait encore 100 000 personnes par an en 1960. Kroutchev décida donc de clore le seul point de passage encore perméable: Berlin. Le 13 juin 1961 commença la construction du mur de la honte (en jaune sur le carte).


Les arrondissements:
1 Mitte, 2 Tiergarten, 3 Wedding, 4 Prenzlauer Berg, 5 Friedrichshain, 6 Kreuzberg, 7 Charlottenburg, 8 Spandau, 9 Wilmersdorf,10 Zehlendorf, 11 Schöneberg,12 Steglitz, 13 Tempelhof,14 Neukölln, 15 Treptow, 16 Köpenick,17 Lichtenberg,18 Weißensee, 19 Pankow, 20 Reinickendorf .



L'Allemagne coupée en deux pendant quatre décennies:

Ce qui faut bien saisir, c'est que l'érection du mur de Berlin n'était que le parachèvement de la fermeture du cloître communiste à toute influence occidentale. Entre 1948 et 1961 le no man's land, séparant les deux Allemagnes créées en 1949, s'était considérablement étoffé. La peur d'une possible évasion d'allemands de l'Est mais aussi d'une attaque de l'OTAN, avait conduit les russes à créer un véritable rempart dont le descriptif vous est donné ci-dessous:

Tracé de la zone frontière avec bornes frontières.
Poteau frontière portant un emblème de la RDA d’une hauteur de 1,80 m.
Bande de contrôle déboisée et aplanie pouvant aller jusqu’à 100 m.
Double clôture en grillage métallique d’environ 2,40 m de haut de part et d’autre d’un champ de mines en rase campagne.
Sur une route, passage de porte dans la clôture de grillage métallique de 3,20 m de haut.
Fossé de 2 m de profondeur maximum, muni de plaques de béton, barrant le passage des véhicules.
Bande contrôle de 6 m de large destinée à détecter toute trace de pas.
Chemin carrossable.
Projecteurs ou lampes à arc.
Mirador en béton.
Abri d’observation en béton.
Poteau de raccordement au réseau téléphonique souterrain.
500 m après la frontière, barrière avec dispositifs électriques et acoustique ; partiellement, double clôture de grillage métallique avec des chiens de garde.
Mur en béton/écran pare-vue de 3,30 m de haut.
Point de contrôle.
Zone interdite de 5 km.


Les points de passage entre les deux Allemagnes étaient aux alentours de 60 dont 25 pour la seule ville de Berlin avec le célèbre Checkpoint Charlie. Le transit routier vers Berlin Ouest s'effectuait en provenance d'Allemagne de l'Ouest via trois autoroutes où les chauffeurs n'avaient le droit de s'arrêter que sur des aires agrées, le transit ferroviaire était assuré par trois voies ferrées sur lesquelles les trains avaient interdiction de s'arrêter. Les allemands tant de l'ouest que de l'est devaient se procurer un visa, ce qui prenait énormément de temps surtout pour les seconds et les voitures étaient systématiquement fouillées par des douaniers armés de chiens et de miroirs. Certains ont réussi à franchir cette frontière impénétrable, mais beaucoup y ont laissé la vie les chiffes varient entre 137 et plus de 1245 victimes, à qui nous dédions cette article.



La marche vers la liberté:

L'ascension au pouvoir de Gorbatchev en 1985, après les règnes fulgurants d'Andropov et Tchernenko, s'inscrit dans un retour à un régime dur avec les années Brejnev. Au grand désarroi du Politburo, Gorbatchev lance une politique de retour à la normalisation des rapports avec l'Occident (poussé par les mauvaises récoltes du début des années 80, il avait besoin du blé américain). Mais la véritable révolution intervient en URSS, les citoyens accèdent à de nouvelles libertés dont celle d'expression, de nombreux prisonniers politiques sont relâchés mais la restructuration économique nécessitée par le passage de l'URSS au 4ème rang des états les plus riches de la planète, amène le pays au bord de la crise économique. Gorbatchev, interrogé sur la Grande Muraille de Chine au moment des grèves étudiantes en Chine, répondra à la question de savoir si le Mur de Berlin tomberait un jour: « Pourquoi pas? », l'Armée Rouge se retire d'Afghanistan, la Hongrie ouvre ses frontières et un membre de Solidarnosc entre au gouvernement de Pologne. Tout se bouscule le 7 octobre 1989, date commémorant les 40 ans de la fondation de la RDA (DDR:Deutsche Demokratische Republik), où les nombreux défilés ne peuvent masquer les manifestations sur fond de slogans pro-Gorbatchev: « Gorbi, gorbi, Hillf uns » (Gorbi, Gorbi aide nous). Celles-ci sont violemment réprimées à Potsdam et Chemnitz malgré la ferme opposition de Gorbatchev, Honecker le président de la RDA démisionne le 18 octobre alors que les manifestations prennent de l'ampleur. Le 21, la police intervient pour la dernière fois avec une extrême violence avant de présenter ses excuses le 29. Entre-temps 2000 prisonniers politiques sont relâchés et les frontières deviennent perméable ainsi le 4 novembre, 300 personnes fuient par heure vers la Tchécoslovaquie et la Hongrie tandis qu'un million de personnes manifestent à Berlin.


Le 9 novembre 1989, die Wende, le tournant:

Enfin arrive ce jour du 9 novembre 1989 qui a une tout autre saveur que celui de 1938, où à 18h57 le porte parole du gouvernement Schabowski officialise la libre circulation sans visa des allemands de l'Est vers la RFA à effet immédiat.

Il convient d'ailleurs de citer le discours de Schabowski qui est assez croustillant:
Schabowski: « Les voyages privés vers l'étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs — motif du voyage ou lien de famille. Les autorisations seront délivrées sans retard. Une circulaire en ce sens va être bientôt diffusée. Les départements de la police populaire responsables des visas et de l'enregistrement du domicile sont mandatés pour accorder sans délai des autorisations permanentes de voyage, sans que les conditions actuellement en vigueur n'aient à être remplies. Les voyages y compris à durée permanente peuvent se faire à tout poste frontière avec la RFA. »
Question d'un journaliste : « Quand ceci entre-t-il en vigueur ? »
Schabowski, feuilletant ses notes : « Autant que je sache — immédiatement. »



Instantanément des milliers d'Ossis (terme allemand désignant les allemands de l'Est) se ruent vers les points de passage qui ne sont pas au courant, mais devant la pression de la foule le point de passage de la Bornholmer- strasse [1] s'ouvre à 23h, suivi par tant d'autres à travers toute la RDA. Les allemands de l'Ouest se ruent dès le lendemain sur le mur face à la porte de Brandebourg pour aider leurs compatriotes à venir à l'Ouest. Les gens tombent dans les bras les uns des autres et Mstislav Rostropovitch, violoncelliste de génie et dissident soviétique se met à jouer au pied du Mur, tandis que les Ossis attaquent le béton avec des pioches.








Cet événement qui aurait semblé inimaginable un mois auparavant se conclura par la réunification de l'Allemagne le 3 octobre 1990.








[1] Petite anecdote sur le premier poste frontière à s'être ouvert (extrait du site internet du Figaro)
Le Mur de Berlin s'est ouvert le soir du 9 novembre 1989 non pas au poste-frontière de la Bornholmer Strasse, comme il est admis depuis 20 ans, mais dans le sud de la ville, ont révélé mardi des acteurs de l'époque à la télévision allemande ZDF. Jusqu'alors, le poste-frontière de la Bornholmer Strasse (nord de Berlin) était présenté comme le premier à s'être ouvert vers l'Ouest. Dans un documentaire intitulé "la plus belle bévue de l'Histoire", deux témoins racontent que c'est au poste-frontière de la Waltersdorfer Chaussee que les premiers Berlinois de l'Est sont passés à l'Ouest sans encombre.

Le 9 novembre 1989, le porte-parole du comité central du SED (parti communiste dirigeant) Günter Schabowski annonce l'ouverture immédiate du Mur. Une erreur de communication qui entraîne un tournant dans l'histoire allemande. Heinz Schäfer, à l'époque commandant du poste-frontière de la Waltersdorfer Chaussee, raconte sur ZDF avoir entendu la nouvelle de chez lui. Il se précipite alors à son poste-frontière, confisque toutes les munitions de ses soldats et leur ordonne de laisser passer les citoyens.

"Entre 20h30 et 21h, ils ont traversé ici, c'était ouvert", révèle-t-il dans le documentaire.
"Quand on dit aujourd'hui que le poste-frontière de la Bornholmer Strasse était le premier à ouvrir vers 22h30, à cette heure-ci des centaines de personnes étaient déjà passées de l'autre côté à notre poste-frontière", assure M. Schäfer.

Ce que confirme dans le même documentaire Andreas Gross, un des premiers à avoir franchi le poste de la Waltersdorfer Chaussee avec son beau-frère. Vers 20h30, "nous nous sommes approchés du poste-frontière, d'abord hésitants et nous avons dit poliment que nous avions entendu qu'il était possible de voyager sans aucun problème en République fédérale", se souvient-il. "Et là le garde-frontière nous répond: 'oui ce serait bien possible' et je lui dis 'bon, alors nous voulons le faire maintenant'", raconte-t-il.

Dans le cadre des célébrations des 20 ans de la chute du Mur, la chancelière Angela Merkel va refaire le chemin aux côtés de Berlinois de l'est qui ont traversé le Mur vers l'Ouest le soir du 9 novembre 1989 à Bornholmer Strasse.

5 commentaires:

  1. salut les gars! Je pense que çà devait etre assez rageant de ne pas etre à berlin en ce jour du 9 nov ou alors vs y avez été? Merci pour l'histoire et d'ailleurs je reconnais une photo de mon livre d'histoire de terminale (celle avec l'avion survolant les populations).

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  2. dites moi j'ai l'impression d'avoir déja lu cet article quelque part...

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  3. Ben oui, pourquoi vous etes pas venus à Berlin ? Franchement c'était énorme !!! (Je mettrais un article sur le blog à propos de ca bientot)

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  4. @ Fiflo, Romain : hum hum, en effet ^^. Mais à part ça les rédacteurs du Cam sont anonymes :-) (tout comme l'est le rédacteur de cet article parmi nous trois d'ailleurs ^^).

    @ Manue, Sophie : et bien non on n'est pas venus à Berlin, on s'est même pas posés la question à vrai dire, on voyait pas vraiment l'intérêt de faire autant de route pour la cérémonie... Mais on l'a un peu regardée à la télé ;-)

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